Robert nous a quitté

Publié le par Papyloup

Mon idole, Hassenforder»

 


Robert Hiltenbrand n'aura fait qu'une courte apparition chez les «pros». (Photo DNA)

Une page du cyclisme régional s'est tournée avec l'annonce du décès, à 69 ans, de Robert Hiltenbrand. C'est la consternation, surtout parmi les plus anciens qui voient ainsi disparaître un témoin d'une période brillante du cyclisme alsacien.

 Originaire de Bergholtz, le jeune Robert s'est très tôt pris de passion pour le cyclisme. A l'origine de sa vocation, un superbe vélo de course vert, de marque Captivante, exposé dans la vitrine du vélociste du coin, qui le faisait rêver.
 Autre facteur entré en ligne de compte, le passage du Tour de France au col Amic en 1952, auquel il assista en compagnie de son père. Il n'a pas oublié non plus le premier coureur passé devant lui, Raphaël Géminiani, alors échappé en solitaire vers Mulhouse où il devait remporter l'étape.

Débuts à l'Alsatia Guebwiller

 Mais sa préférence était ailleurs. « Mon idole, c'était Roger Hassenforder, confiait-il volontiers. Je le suivais dans ses exploits, le Tour de France 1953 où il avait porté le maillot jaune, ses victoires dans le Critérium national et les Boucles de la Seine. En plus le nom de jeune fille de ma mère était... Hassenforder. »
 Robert Hiltenbrand s'était alors lancé sur les traces de son illustre prédécesseur, débutant à 17 ans, en 1958, au Vélo Club Alsatia de Guebwiller, avec une première victoire à la clé, cette même année. Il y en aura quelque 110 autres par la suite.
 Il est fort avisé de suivre les conseils d'un Colmarien qui avait officié, à deux ou trois reprises, comme mécanicien sur le Tour de France. Celui-ci l'incite à « monter à Paris ». En province, et l'Alsace ne faisait pas exception, les clubs avaient tendance à garder jalousement leurs bons coureurs.
 « Dans la Région Parisienne, expliquait encore Robert Hiltenbrand, il en était autrement. On dégrossissait les jeunes et on laissait partir ensuite ceux qui voulaient aller progresser ailleurs. » C'est cette filière qu'avait suivie Robert Hiltenbrand, passant par des clubs alors prestigieux, le VC Fontenay-sous-Bois, l'US Franco-belge et surtout l'Athlétic Club de Boulogne-Billancourt, le mythique ACBB, la pépinière des futurs «pros» dirigée par Paul « Mickey » Wiégant. Entre autres à son palmarès, le Grand Prix de Boulogne 1966, une importante classique parisienne.
 La même année, il est sélectionné en équipe de France pour le contre-la-montre par équipes des Mondiaux de Cologne, où les Français, remarquablement emmenés par l'Alsacien, finissent quatrièmes, à sept petites secondes seulement de l'Italie, 3e.

Déçu par Antonin Magne

 En 1967, Robert Hiltenbrand passe «pro» dans l'équipe Mercier-BP dirigée par le légendaire Antonin Magne - l'homme à la blouse blanche et au béret - embauché pour 10 mois avec un salaire mensuel de 320 francs de l'époque (environ 50€) et deux vélos.
 Malgré son dévouement pour ses leaders, Raymond Poulidor notamment, son contrat n'est pas reconduit à la fin de la saison. Robert Hiltenbrand en avait gardé un profond sentiment d'injustice te, une grande déception, n'hésitant pas, à contre-courant du sentiment général, à déclarer avoir été très déçu par Antonin Magne jugé bien mesquin. Pour lui, il n'y avait qu'un seul Monsieur, Paul Wiégant, qui lui avait tout appris.
 En 1968, il porte le maillot de l'équipe Frimatic-de-Gribaldy, mais court à la musette, comme on disait alors : on fournissait juste le matériel aux coureurs sans contrat, qui vivaient uniquement des primes gagnées en course. Écoeuré par certaines pratiques mafieuses lors des critériums, il arrête sa carrière en juin.
 Mais il n'y avait jamais eu la moindre amertume dans ses propos ultérieurs : « J'avais atteint le but que je m'étais fixé, affirmait-il volontiers. J'envie les jeunes «pros» d'aujourd'hui généralement engagés pour deux ans, une période indispensable, comme dans tous les métiers, à l'apprentissage de celui de coureur. »
 Il abordait fatalement le problème du dopage : « Je refuse de cracher dans la soupe car nous avons connu les amphétamines, jugeait-il fort honnêtement. L'action préventive doit porter sur les jeunes, il faut les convaincre que le dopage n'est pas indispensable pour passer "pro". »

(Article paru dans le journal l'Alsace)

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Robert (Ici avec sa fille) aimait retrouver ses amis d'Alsace (Ici lors du tour Méditerranéen 2010 à La Ciotat)


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En compagnie de Christophe Kern dont il suivait de près la carrière

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